Recension d'Épicure et Érasme

Le 22 Mars 2018

Recension d'Épicure et Érasme

Merci à Aina Bonet pour sa fine lecture du Rire d'Épicure et d'Érasme et le grelot de la folie !

« J'ai dévoré ce soir Érasme et le Grelot de la Folie ainsi que Le Rire d'Épicure dans mon bain. Ce sont deux livres excellents, qui m'ont happée sans effort. Mes compétences en philosophie ne me permettent pas d'en évaluer la rigueur dans ce domaine — bien que je me sois sentie en terre plus familière auprès d'Érasme, dont l'oeuvre ne m'est pas totalement inconnue — aussi je ne peux m'y arrêter autant que souhaité. 

Pour commencer, je me suis dit que les enfants que vous côtoyiez étaient d'une intelligence déjà vive (ce postulat, je l'admets, me rassure plus qu'autre chose quant à mes propres lacunes). Si Le Rire d'Épicure me paraît d'accès facile, la démonstration de la pensée épicurienne se faisant par le biais de la narration et d'un jeu théâtral, Érasme et le Grelot de la Folie contient des finesses (surtout en début de texte) qui, si je m'en réfère aux enfants qui m'entourent, toucheront je crois de moins petits Platons. Je n'ai cependant pas eu la chance, en primaire, d'avoir d'aussi jolies lectures, qui gagneraient sans aucun doute à être confrontées au cadre scolaire. C'est pourtant celui qui, des deux, m'a le plus enchantée : je passe dans le paragraphe à suivre, au littéraire, sur lequel je patine un peu moins qu'en Philosophie.
 
Érasme et le Grelot de la Folie me semble relever, plus encore que Le Rire d'Épicure, le défi du conte philosophique. Le second intègre davantage la dimension narrative, mais on sent chez l'auteur le désir d'exposer au lecteur la globalité d'une pensée par le biais du conte. La dimension littéraire relève ici de l'outil et l'on se rapproche (à mon petit avis) de la divulgation : on perçoit plus la synthèse que l'écrit. Ce n'est aucunement une erreur, mais on perd un peu la magie qu'offre le conte. D'une certaine façon, Le Rire d'Épicure m'est apparu comme une introduction joyeuse à la pensée de ce philosophe, à la façon d'un cours excellent donné par un professeur comme on en croise trop peu. 
 
À l'inverse, Érasme et le Grelot de la Folie ne me semblait pas chercher la même exhaustivité. Si lorsque Marotte dit: "L'orgueil n'est-il pas une forme de folie ? C'est une folie, une démesure [...] De même : l'avarice, la colère, l'envie", on touche à la définition de cette folie que traite Érasme, ou Brant, dans son poème "La nef des fous", le reste du texte, lui, s'en libère, tout en lui répondant à chaque page. Là ou chez Épicure, on explique, ici on applique. Le livre s'ouvre presque sur un poème, puis guide Érasme et le lecteur de paysage en paysage. On suit Marotte, "petit prince" philosophe ou Nasreddine occidental, d'une aventure à l'autre : épopée ou fable onirique, j'ai retrouvé dans ce livre ce fonctionnement à la fois très libre et très structuré qu'est celui du conte. D'une certaine façon, la réflexion que pose Érasme nous est davantage transmise par le voyage et ses épisodes que par la démonstration. Là où Le Rire d'Épicure se nourrit encore de syllogismes, on nous invite ici à faire l'expérience de la réflexion. J'étais donc plus captivée : un enfant l'est toujours plus lorsque le cours est déguisé.
 
Je pense que l'écriture y est pour beaucoup. Rocquet se permet le refrain, la ritournelle, il joue avec les phrases. Pourtant, ces jeux stylistiques sont pleins de sens et d'images et dans chacun d'eux j'ai retrouvé la sagesse moqueuse de Bosch ou de Rabelais. Par ailleurs, le dessin semble interagir avec l'écriture sans aucune difficulté, circulant d'une page à l'autre avec la même légèreté que le texte.  Il a son propre espace, raconte sa propre histoire et cependant l'ensemble se tient parfaitement. Tant dans l'écriture que dans le contenu et le dessin, on est renvoyé à l'univers d'Érasme. Dans Le Rire d'Épicure, les dessins sont magnifiques, mais j'avais l'impression qu'ils répondaient moins directement à l'auteur, comme s'ils étaient restés un peu en retrait.
 
Ces avis, toutefois, relèvent d'une première lecture, par ailleurs subjective. Vous savez déjà comme m'est cher le personnage de l'idiot, ou "du fou qui était sage", aussi je suis inévitablement plus sensible à Érasme qu'à Épicure. Lorsqu'on a été pétri par les questionnements des russes, on tend davantage à défier les hommes que les dieux... »

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